Nouvelle-Calédonie
10/04/2009
ENVIRONNEMENT. Vale-Inco en mauvaise posture après sa pollution à l’acide
L’activité en Nouvelle-Calédonie de l’usine de nickel du brésilien Vale-Inco, en phase de tests, est momentanément suspendue après une pollution à l’acide qui a notamment touché une zone proche d’un site du récif corallien, inscrit au patrimoine de l’humanité de l’Unesco.
© Vale Inco
La province sud a ordonné vendredi 10 avril par arrêté la suspension pour six à huit semaines de 80% des installations de l’usine hydrométallurgique de nickel. La collectivité a en outre contraint le groupe minier à "consigner" la somme de 15 millions CFP (126.000 euros) correspondant au montant des travaux à réaliser sur un bassin de rétention.
Le 1er avril, un incident technique a provoqué le déversement d’au moins 2.500 litres d’acide sulfurique concentrée à 98% dans un cours d’eau. La province sud avait ensuite donné quatre jours à l’industriel pour réaliser ces travaux, gage de sécurité, mais ce délai n’a pas été respecté.
"Nous sommes en train d’évaluer l’impact de ces suspensions sur le calendrier initialement prévu", a déclaré Jean-François David, directeur général délégué de Vale-Inco Nouvelle-Calédonie, précisant que les travaux de construction se poursuivaient.
Pollution massive
Ce gigantesque complexe industriel, d’une capacité de 60.000 tonnes annuelles de nickel-métal, devait normalement entrer en production en juillet, peut-être en présence du président Nicolas Sarkozy, qui a programmé une visite sur le Caillou à cette époque.
La pollution a touché une rivière, qui se jette dans la baie de Prony, zone tampon du Grand lagon sud, l’un des six sites du récif corallien, inscrits en juillet 2008 au patrimoine mondial de l’Unesco. Des milliers de poissons et de crustacés, parmi lesquels des espèces endémiques, ont été détruits.
Colère des Calédoniens
Or, la lenteur avec laquelle le géant minier a prévenu les autorités ainsi que la poursuite des tests alors qu’un bassin était en travaux à l’unité d’acide a soulevé la colère en Nouvelle-Calédonie. "Ce qui s’est produit est scandaleux et Vale-Inco a mal réagi", a déclaré Yves Dassonville, haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, rappelant que l’Etat est garant des conventions relatives à la biodiversité, signées lors de l’inscription du lagon néo-calédonien au patrimoine de l’Unesco.
Dans un courrier, il a demandé à l’industriel "une information pertinente" sur les circonstances de l’incident, "un descriptif des dégâts" et des "impacts constatés ou potentiels sur la zone tampon et le bien inscrit au patrimoine mondial".
Mercredi, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté à l’appel d’organisations écologiques pour demander le départ du troisième groupe minier mondial.
De son côté, le président de la province sud Philippe Gomes a stigmatisé "les errements" et "les dysfonctionnements internes" de la société minière. "Nous assumons l’intégralité des conséquences", a déclaré Jean-François David, niant toute volonté de dissimulation et tout "désordre de procédure" dans la gestion de cette crise.
Depuis son démarrage, le chantier de l’usine chimique de Vale-Inco, qui rejettera des effluents dans le lagon, suscite des polémiques avec les populations locales. Le climat s’était cependant apaisé en septembre avec la signature d’un Pacte pour le développement durable, représentant 85 millions d’euros sur 30 an
Par Claudine Wery (AFP)
